texts_Eva González-Sancho et Frédéric Oyharçabal

MIRA SANDERS

le journal d'un usager de l'espace

LIGNES INVISBLES. Eva González-Sancho et Frédéric Oyharçabal, 2010

 

Scroll down for English translation

 

 

LIGNES INVISIBLES

12.03. - 15.05.2010

Exposition solo galerie FDC Satellite, Brussels (BE°

 

Le travail de Mira Sanders s’inscrit dans une pratique du dessin, qu’elle confronte nous place face à des œuvres vidéo, des photographies, ou des journaux de bord. Ses dessins montrent une tension permanente entre lignes de fuite, brèches de liberté, et celles qui au contraire ordonnent et cadrent les espaces. Cette tension renvoie aussi bien au politique (les espaces dans lesquels nous vivons) qu’à la nature même de la pratique du dessin – la feuille blanche – comme espace d’inscription.

 

Silent Letters (2009) se décline en six moniteurs. Cinq d’entre eux présentent une séquence vidéo où il est question de lignes de partage, de contours, d’observation, de positionnement dans le paysage, l’espace urbain, l’atelier de l’artiste. Chaque vidéo, datée, livre le récit d’un observateur étranger. Ce récit est en sous-titrage sur fonds d’écran noir. Le noir fait momentanément place à une séquence d’images fixes et/ou en mouvement avant de revenir au seul récit. Sur un sixième moniteur défilent des citations d’auteurs qui évoquent la question de la ligne et de la frontière.

 

Dans la lettre silencieuse du 19 janvier 2009, des cerfs-volants tracent des lignes au-dessus d’un paysage du littoral. Le ciel devient la page blanche sur laquelle l’artiste (le cerf-volant) dessine.

« Je révèle ce que les yeux peuvent voir. Chaque détail et trace. Chaque cicatrice perceptible. (…) Je dessine des situations, des gens, des lieux, ici et là. Je pense autour de cette ligne. » (…) « Il y a des gardiens à certains points de la ligne. Ils sont armés, semblent sérieux. Pas question de rigoler ou de faire la lumière. Ils n’aiment pas que tu observes. Comme dans n’importe quel événement, c’est l’impression que tu as. La ligne est dessinée sur ma feuille blanche. Elle est futile et maladroite. Quelqu’un sera-t-il capable de lire ce qu’elle signifie ou décrit.» (…) «L’œil se focalise sur la ville. Aujourd’hui, il le sera sur cette rue en particulier, ces gens en particulier, demain sur quelque chose d’autre. Ou… devrais-je retourner et recommencer tout à nouveau. » [Toutes les citations sont traduites de l’anglais.]

 

Dans la lettre du 27 avril 2008, l’observateur débarque dans une ville. Il constate que les habitants se positionnent parfois en fonction de lignes invisibles : « Ils mettent des frontières n’importe où, là ils veulent préserver le silence et le bruit ordonnés. » (…) « Mais quand cet ordre est invisible, ils ne peuvent pas imaginer la ligne ».

 

La référence et le dessin, cette fois à même la feuille de papier, dans Dialogue de sourds formule les questions/réponses d’un autre genre épistolaire qui a débuté en 2005 entre l’artiste et l’historienne et critique d’art Marie-Pascale Gildemyn. À travers des lettres ouvertes, le dialogue rompt le silence ou le remplit. Mira Sanders envoie un dessin auquel réagit la destinataire. Les bribes visuelles de ce dialogue sont des notes, des croquis « arrachés » à un carnet de dessin et encadrés. Chaque exposition fait l’objet d’un nouveau choix parmi la vingtaine de dessins réalisés à ce jour.

 

Paradis artificiel. Paradis perdu. Paradou montre une vignette (ou le dessin sommaire d’un écran) qui entoure un palmier. Le titre figure au crayon au-dessous de la vignette, tel un socle. Il suggère des pistes d’interprétation à la destinataire. Ses réponses ne nous sont pas connues. On suppose qu’elles débouchent sur la production d’un autre dessin et ainsi de suite. La ligne narrative est ainsi fragmentée : au spectateur de la compléter ou pas.

 

 

La série de photographies Scale 1 :2500 propose des vues rapprochées de tables de travail, de détails de rues, qui semblent encore avoir été relevés par un observateur extérieur. Scale 1 :2500 (studio) (2009) montre une planche à découper sur laquelle les restes d’une activité forment un paysage urbain avec ses monuments. Les traces de cutter sur la planche, telles des cicatrices, évoquent une cartographie de lignes visibles et invisibles que l’on ne sait plus déchiffrer, et à partir de là, la possibilité de l’égarement. Le rapport implicite avec la pratique de l’atelier dans Scale 1 :2500 (studio) devient explicite dans la série Borders (2009). Border trouve également son origine, en tant que terme anglais, dans la création artisanale pratiquée dans certains clubs de hobbyistes1. Sur des feuilles blanches de format A0, des dessins de contours d’objets (ciseaux, tournevis, pointes…) sont refoulés et agencés sur les bords de la feuille de manière à former les motifs d’un cadre. L’espace central de la feuille, laissé vide, devient un espace de projection, le lieu de possibles inscriptions.

 

Eva González-Sancho & Frédéric Oyharçabal

 

Appendice :

 

Égarement : Action de s’égarer des voies de la morale (les gardiens), de la raison.

Flairer : Discerner, reconnaître ou trouver par l’odeur. Sentir avec insistance comme le fait un animal. Deviner, pressentir.

 

1. On appelle hobby ou loisir l'activité que l'on effectue durant le temps dont on peut disposer en dehors de ses occupations habituelles et des contraintes qu’elles imposent. On le qualifie également de temps libre. Ce temps libre est usuellement consacré à des activités essentiellement non productives d’un point de vue économique et souvent ludiques ou culturelles : bricolage, jardinage, sports...

 

 

ENGLISH

 

INVISBLE LINES

12.03. - 15.05.2010

Solo exhibition at gallery FDC Satellite, Brussels (BE°

 

The work of Mira Sanders combines the art of drawing with that of video, photography, and journals. Her drawings show a continuous tension between the endless horizon, foot holes in liberty and those which, on the other hand, order and frame spaces. This tension refers to politics (spaces in which we live) as well as the pure signification of drawing – the white sheet of paper as a space of inscription. Silent Letter is divided into six monitors. Five of them present a video sequence in which lines of sharing, contours, observation, positioning in the landscape, urban space, and the artist studio, are introduced. Each video, inscribed with a date, delivers the story of a foreign observer. This story is subtitled on a black screen. The colour black becomes, for a moment, a sequence of still and/or moving images, before reappearing as a story again. On the 6th monitor a series of quotations are running across the screen, raising the question of line and boundary.

 

In the Silent Letter of the 19th January 2009, kites are drawing lines above a coastal landscape. The sky turns into a white sheet on which the artist (the kite) can draw. “Through the line and the in-depth way of looking, I reveal. Permeated by the eyes, each detail and trace, each scar is perceptible. I draw situations, people, places... over there and here. I wander around this line.”(...) “There are guards at certain points on the line. They’re armed. They look serious. No question of making fun, or light. They don’t like you observing. Or in any event, that’s the impression you get. The line is drawn on my white sheet of paper. It’s futile and clumsy. Will anyone be able to read what it means or describes?”(...) “The eye focused on the city. Today it will be this particular street, these particular people, this particular building, tomorrow something else. Or... should I go back and start all over again?”

In the letter of the 27th April 2008, the observer arrives for the first time in a town. He notices that sometimes the inhabitants move and act according to invisible lines: “They put borders wherever they want. To preserve silence and noise ordered. (...) But when this order is invisible they can’t imagine the line.”

 

The reference and the drawing, this time directly on the sheet of paper in the piece Dialogue de Sourds, raise questions and answers of another epistolary kind. A dialogue that started in 2005 between the artist and Marie-Pascale Gildemyn, art critic and art historian. Through open letters, the dialogue breaks the silence or fill it. Mira Sanders sends a drawing to which the recipient reacts. The dialogue’s visual snatches are memos, sketches “ripped out” from a drawing book and framed. Each exhibition marks a new choice among some twenty drawings realized by now. Paradis artificiel. Paradis perdu. Paradou introduces a vignette (or the basic drawing of a screen) which surrounds a palm tree. The title has been written in pencil below the vignette and acts like a stand. It suggests tracks of interpretation to the recipient. Her answers are not known from us. We can suggest they lead to the

creation of another drawing and so forth. Thus, the narrative line is divided: the spectator must complete it or not.

 

The series of photographs Scale 1: 2500 (studio #1) display up-close views of work tables and street details which seem to have been noticed by an external observer. Scale 1: 2500 (studio #1) (2009) shows a cutting board on which the leftovers of an activity create an urban landscape and his monuments. The cutter’s traces on the board, similar to scars, evoke a cartography of visible and invisible lines, that we can no longer read, pointing towards the possibility of deviation. The implicit relation with the workshop practice in Scale 1: 2500 (studio #1) becomes explicit in the series Borders (2009). The word Border in English, comes from the hand-craft creation practiced in some leisure1 centers. On A0 white sheets, object outlines (scissors, screwdriver, points...) are pushed back and organized on the edge of the sheet in order to construct a frame. The central space of the

sheet, left empty, is transformed into a projection space, a place for possible inscriptions.

 

Eva Gonzàlez-Sancho & Frédéric Oyharçabal

 

Appendix:

Deviation: departure from a standard or norm, from Moral (the guardians), and from Reason.

To scent: to perceive or recognize by or as if by the sense of smell. To smell with insistance like a dog do.

To sense, to perceive.

 

1. Leisure or hobby refers to the activity one does during the time one has outside his usual occupations and

the restraints produced by them. It is also called free time. This free time is usual spend in non economically

productive activities which are often cultural or playfull: DIY activity, gardening, sports...